Le transfert et le contre-transfert.

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Le transfert et le contre-transfert :

 

Le transfert :

 

Définition : Mécanisme par lequel un sujet, au cours de la cure, reporte sur le psychanalyste les sentiments d'affection ou d'hostilité qu'il éprouvait primitivement, surtout dans l'enfance, pour ses parents ou ses proches(MAN.-MAN. Méd. 1980). Transfert négatif, positif (MAN.-MAN. Méd. 1980).

« Faire un transfert. Surtout, ajouta-t-il, en lui jetant un regard aigu, ne va pas faire un transfert sur moi » (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 13).

 

Le transfert est un concept inventé par Sandor Ferenczi et théorisé par Sigmund Freud.

 

Le transfert est un phénomène humain qui s'éprouve à des degrés variables dans toutes les relations entre individus.

 

Il s'agit surtout pour l'analyste de faire du transfert « le moteur de la cure », c'est à dire de repérer le transfert et de l'analyser.

 

La notion de transfert a évolué à travers le temps, il peut être le transfert qu'un analysant effectue pour son analyste en remplaçant la place de l'analyste par une personne que l'analysant a connu.

 

Le transfert est un repérage fondamental pour l'analysant. Il peut par ce transfert confronter son histoire au présent de ses relations avec son analyste et se voir ainsi répéter des réactions qu'il a pu avoir avec d'autres personnes et repérer des réactions antérieures qu'il a pu avoir pour en comprendre le sens dans son histoire de vie.

 

Le plus important n'est pas d'aimer ou de ne pas aimer son analyste. C'est le rôle que joue l'analyste au moment privilégié du processus de la cure pour l'analysant : l'analysant investit son analyste à un moment précis de son histoire personnelle. L'analysant pense que l'analyste détient un savoir de ce qu'il est pour lui alors que seul l'analysant sait ce que son analyste représente pour lui.

 

Cette représentation pour l'analysant est multiple puisque l'analyste peut représenter toutes les personnes que l'analysant veut lui faire porter et améliorer ses relations avec ces personnes. L'analysant a donc une grande liberté dans la projection sur son analyste.

 

La place symbolique que l'analysant donne à son analyste ne dépend que de l'analysant. Cette place est transposable dans toutes les situations vécues antérieurement ou dans le moment présent.

 

Le transfert peut être interprété comme une stratégie de l'analysant pour s'approprier ce savoir censé être détenu par l'analyste.

 

Il existe selon Freud des résistances dans le transfert, c'est à dire tout ce qui fait obstacle à la reconnaissance du désir inconscient et aux souvenirs d'enfance qui ont conditionné l'inscription de ce désir dans son lien au désir des parents.

Le maniement du transfert fut pour Freud dans ses débuts d'analyste un passage difficile. Dans son texte « observations sur l’amour de transfert », écrit en 1915: « Cette situation comporte des côtés pénibles et comiques et des côtés sérieux… elle est si complexe, si inévitable, si difficile à liquider que son étude est depuis longtemps devenue une nécessité vitale pour la technique psychanalytique ».

Ce maniement du transfert, qui serait donc la part de l’analyste dans le travail que poursuit l’analysant, ne peut être précisé sans avoir cerné au plus près, ce concept essentiel de la théorie analytique, puisqu’il en est sa condition, celui du transfert.

Le « maniement du transfert », terme qui évoque le tour de main de l’artisan, un savoir faire, cette technique donc se trouve ainsi mise sous la dépendance, sous la tutelle même de la théorie puisque c’est à elle que revient la charge de préciser ce qu’est le transfert.

 

Le transfert c'est :

  •  
    • Le transport amoureux de l’analysant pour l’analyste, c’est l’amour de transfert mais ce n'est pas l'amour comme nous pouvons l'entendre en son sens primaire envers son analyste.

    • Il y a « transfert », par déplacement, de l’affect d’une représentation refoulée sur une représentation substitutive.

    • Freud lui donne dans l’Interprétation des rêves, la « transcription d’une langue dans une autre ». Quand cette transcription se fait dans le sens du contenu latent du rêve à son contenu manifeste, le transfert rend compte de la fabrication d’un rêve. Dans l’autre sens, du contenu manifeste à son contenu latent, ce même transfert, toujours pris dans le sens de traduction d’une langue dans une autre, livre le secret de ce qu’est « l’interprétation » du rêve.

    • Comprendre ce qui résiste dans la cure.

    • Savoir interpréter les symptômes mais aussi les actes de ses analysants.

       

La demande de cure est une prise de conscience explicite ou implicite de répétitions dans la vie du sujet. En effet, dans la cure, les symptômes sont parlés, racontés, ils sont l'objet d'un effort d'élucidation qui leur donne un autre statut, ils sont représentés, élaborés et perlaborés (=parlélaboration).

 

Pour Jung, le transfert ne se réduit pas à la névrose de transfertdécrite par Freud. C'est un phénomène qui résulte du déploiement des dynamiques archétypiques entre deux personnes.

C'est un mouvement à double sens, qui implique tout autant la personnalité de l'analyste que celle de son patient.

 

Le transfert dissocié : Jean Oury propose cette notion à partir de celle de "transfert multiréférentiel" (Tosquelles) pour illustrer le fait que la personne psychotique ne peut "transférer" sur un seul psychanalyste (comme cela se passe dans une cure type) mais plutôt sur l'ensemble des différentes figures d'une institution (psychiatres, psychologues, infirmiers, autres patients).

 

Pour Jacques Lacan, le transfert permet de se débarrasser le plus possible de la notion d'affect. C'est le point majeur mais paradoxal. Ce transfert pour Jacques Lacan est toujours en crise (SXI 147). L'essence du transfert est symbolique. Il n'est pas imaginaire :

- Le transfert est symbolique car sa force se trouve dans la fonction où l’analysant pose l’analyste, qu’il l’aime ou le déteste est secondaire. Le transfert est fondamentalement en lien avec un autre connaissant. Sachant que l’analyste est un « sujet supposé savoir »pour Lacan, il dit que le transfert n’est autre que de « l’amour qui s’adresse à du savoir ».

- Le transfert imaginaire est un obstacle, dans le sens où ce n’est qu’immobilisme du sujet. En effet, le sujet agit dans l’analyse pour ne pas avoir à dire, et plus le sujet résiste, et plus la répétition s'oblige à lui.

 

 

Colette Soler : Le transfert, après.

 

« De 1960 à 1964, du séminaire Le Transfert aux Quatre Conceptsfondamentaux de la psychanalyse, Lacan élabore progressivement une définition du transfert, pensée à partir du symbolique et ajustée à l’inconscient langage. Celle-ci n’en réduit pas la dimension d’affect mais elle replace ces affects comme autant d’effets du symbolique.

Le séminaire Le Transfert construit une métaphore de l’amour et une du désir. L’expression à elle seule noue le mécanisme langagier aux affects de la libido. Lacan n’a jamais repris ces métaphores à l’écrit et il y substitue l’expression définitive de sujet supposé savoir, en 1964. Il en donne un mathème qui écrit le lien social analytique en tant que structuré par le langage, dans la «Proposition de 1967».

Après la production de la notion du sujet supposé savoir, qui aborde le transfert au niveau symbolique, vient la condensation majeure, dans l’«Introduction à l’édition allemande d’un premier

volume des Écrits» : le transfert, «c’est de l’amour qui s’adresse au savoir».

L’expression réinjectant de l’affect dans le mécanisme symbolique condense les deux dimensions ...

 

...Quand Lacan dit : le transfert positif, «c’est ce que je situe dusujet supposé savoir», cela signifie, assurément, qu’il a de positif non pas les affects qu’il véhicule, mais le rapport au savoir inconscient qu’il rend possible. Certes, ce transfert positif au savoir inconscient inclut aussi des affects que l’on va qualifier de négatifs, et ce sont tous les reproches de transfert qui se font toujours peu ou prou entendre, quelquefois plus fort que l’amour proprement dit. Mais cette ambivalence, propre au demeurant à tout amour, est interne au transfert positif vers le savoir inconscient. L’essentiel est cette demande d’interprétation, qui est solidaire d’une supposition du savoir inconscient, inhérente au discours analytique et qui conditionne le travail analytique. Du coup, la notion de transfert négatif perd sens.

 

Comment alors situer la haine proprement dite, qui n’est pas l’ambivalence transférentielle dont je viens de parler ?

Le transfert émergeant quasi automatiquement dans l’analyse a étonné Freud, qui n’en a pas rendu compte finalement. Avec sa formule «amour du savoir», Lacan lève le mystère de cet amour en le connectant à la visée de savoir du dispositif.

En revanche, le mystère de la haine, qui n’est pas l’énamoration, demeure. Amour et haine ne sont pas dans un rapport mœbien. Plus précisément, la haine n’est pas de même niveau que l’amour.

Je m’explique. Si on définit bien le transfert comme amour dusavoir –et il n’y a pas de meilleure définition–, alors il faut dire que la haine, la vraie, n’est pas transférentielle. Ce qui ne l’empêche pas de bel et bien exister, mais qui devrait mettre un suspens à l’idée qu’une analyse finie l’exclut. Puisque à la vérité c’est peut-être même le contraire, Lacan le notait, gentiment, disant, si je me souviens bien : «On ne voit pas pourquoi une analyse ne finirait pas par la haine». Il ne serait même pas excessif de la dire, la haine, anti-transférentielle (ambiguïté des dénonciations du transférentiel). C’est bien ce qui est impliqué dans le séminaire Encore, quand Lacan, commentant l’entreprise haineuse de le déconsidérer qui animait l’ouvrage Le Titre de la Lettre, dit : ils me désupposent le savoir. Façon de signifier que la haine vise la rupture de la relation au savoir avec l’attente de réponse qu’elle implique.

 

La haine, et le Un :

Eh bien, la haine, elle ne s’adresse pas au savoir, elle s’adresse au Un. J’ai été très reconnaissante à Sidi Askofaré d’avoir indiqué un texte où Lacan le dit explicitement, alors que je l’avais plutôt déduit jusque-là de textes antérieurs où c’était plus implicite.

Je déplie la thèse. Je cite L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre : «Y a de l’Un, je l’ai répété tout à l’heure pour dire qu’il y a de l’Un, et rien d’autre. Y a de l’Un, mais, ça veut dire qu’il y a quand même du sentiment. Ce sentiment que j’ai appelé, selon les unarités, que j’ai appelé le support, le support de ce qu’il faut bien que je reconnaisse, la haine, en tant que cette haine est parente de l’amour. »

Premier commentaire du «mais quand même» : il y a de l’Un donc pas de dialogue, néanmoins le sentiment instaure quelque chose comme une relation. La haine réfère au «y a de l’Un». Aussi,

quand Lacan dit qu’on ne voit pas pourquoi l’analyse ne finirait pas par la haine, je dis qu’on voit bien pourquoi elle peut finir par la haine. On pourrait même s’étonner qu’elle ne finisse pas plus souvent dans la haine, car si elle produit la chute du transfert, elle ne produit pas la chute du «y a de l’Un», au contraire. Elle y conduit. La haine parente de l’amour signifie que les deux affects ont

même principe d’engendrement – la division d’avec le savoir –, ce qui les rend solidaires, et la face haineuse du transfert est liée au fond à la déception de l’attente du savoir, je l’ai dit. Mais de l’in-

conscient « savoir sans sujet », l’analysant ne s’approprie que des bouts, et encore à titre hypothétique, car les effets de lalangue le dépassent. C’est pourquoi j’ai formulé : là où c’était l’inconscient-lalangue, «je ne peux advenir».

 

Cette impasse de l’amour du savoir, amour en échec programmé dans l’analyse, S(A barré), fonde le surgissement éventuel de la haine. L’élaboration analytique de transfert, à quelques bribes près, ne fait pas culminer une appropriation de savoir, elle assure au contraire le fameux «y a de l’Un» auquel le parlant est condamné par le langage et qui prend la forme d’un «y a de l’Un tout seul ».

 

Deuil analytique :

Ça n’en fait pas une haine transférentielle, au contraire, unehaine que je dirais de dé-transfert. Et comment l’analyste pourrait-il y répondre s’il est obnubilé par les sentiments qu’on lui porte ?

Qu’est-ce qui peut la résoudre sinon l’aperçu pris sur le réel de la structure, soit sur l’impossibilité qu’elle comporte ? Lacan a pu dire du réel qu’on s’y habitue. Le plus souvent en effet, mais pas toujours.

 

La haine, pas nouvelle :

Je déplie un peu ce rapport de la haine à l’Un. La haine, pas plus que l’amour, n’a attendu le discours analytique. Alors, sil’amour de transfert est un amour nouveau, on peut se demander si dans l’analyse la haine prend elle aussi une forme inédite.

 

Et qu’est-ce que ce Un des unarités ?

Pendant longtemps, Lacan l’a nommé être. La haine vise l’être des unarités que sont les autres

parlants. Ce fut une thèse constante chez Lacan, qui l’a rangée d’abord dans les passions de l’être, à ceci près que l’être n’est pas un terme univoque. L’amour comme passion de l’être réfère au manque à être, la haine plutôt à l’être de jouissance. Voyez les haines raciales tellement ancrées chez le parlant, tellement impossibles à éradiquer et dont nous assistons à la montée vertigineuse dans notre époque. Il faudrait aussi parler de la haine sexiste, mais je la crois plus complexe.

Ce n’est pas tout pourtant. « Une haine solide ça s’adresse à l’être», dit Lacan dans Encore. Reprise de la thèse classique, apparemment. Vous voyez l’opposition : l’amour de transfert s’adresse au

savoir, la haine à l’être. Les formules sont contemporaines. Mais ici, concernant la haine, il continue en introduisant quelque chose d’autre quant à ce qu’il appelle l’être.

Je cite : «La haine, qui est bien ce qui s’approche le plus de l’être, que j’appelle l’ex-sister. Rien neconcentre plus de haine que ce dire où se situe l’ex-sistence.»

L’existence, c’est «ce dont seul le dire est témoin», dit-il encore.

 

Voilà donc autre chose, car le dire n’est pas une fonction symbolique, ni imaginaire non plus et ni réelle au sens de la jouissance.

Il ex-siste aux trois, ce pourquoi d’ailleurs Lacan l’inscrit après 1975 comme quatrième rond du nœud borroméen, dit sinthome. La haine n’est jamais loin de ce que je pourrais appeler une pul-

sion de meurtre, mais ici ce n’est pas le meurtre du vivant, du corps

substance jouissante, c’est le meurtre du dire qui ex-siste comme Un, spécialement l’Un-dire d’exception, i.e.le meurtre de ce qui chez un parlant singulier ex-siste au discours de l’Autre. L’amour, le vieil amour, comme je m’exprime, réfère lui aussi au dire mais pas à celui

de l’interprétation, celui du maître, si on en croit Freud. La haine est du même côté ».

 

Séminaire Ecole Psychanalytique des Forums du Champ Lacanien, mai 2008.

 

Le contre-transfert :

Le contre-transfert désigne le sentiment inconscient qu'éprouve l'analyste en réaction aux sentiments inconscients ressentis par l'analysé dans le travail d'analyse. Ces sentiments de contre transfert facilitent chez l'analyste la compréhension de la nature du conflit intrapsychique vécu par l'analysé dans son travail d'analyse et son interprétation dynamique en vue de l'amélioration de son état.

Heinrich Racker définit ainsi le contre-transfert : « Tout comme l'ensemble des images, des sentiments et des pulsions de l'analysant envers l'analyste, en tant qu'ils sont déterminés par son passé, est appelé névrose de transfert, de même l'ensemble des images, des sentiments et des pulsions de l'analyste envers l'analysant, en tant qu'ils sont déterminés par son passé (comprenant son analyse), est appelé contre-transfert, et son expression pathologique pourrait être désignée comme névrose de contre-transfert ».

L'approfondissement du savoir sur notre contre-transfert suit cette même ligne de conduite.

Le contre-transfert est d'abord perçu comme un obstacle de plus à l'analyse : le psychanalyste aura du mal à interpréter, ses émotions entreront en jeu. Mais le contre-transfert se révèle par la suite un outil majeur pour l'analyste : à partir de ces vécus émotifs, l'analyste peut comprendre dans quelle position le met l'analysant, l'analyse du transfert étant le point central de la thérapie.

 

Le contre-transfert est la réponse émotionnelle de l'analyste à son patient dans la situation analytique représente l'un des outils les plus importants pour son travail selon Paula Heimann, psychiatre et psychanalyste anglaise proche de Mélanie Klein.

 

Le contre-transfert se révélera ainsi un point majeur de l'analyse, et notamment de l'analyse des psychoses. Pour Heinrich Racker : « Au sein du processus psychanalytique, l'analyste remplit à la fois la fonction d'interprète et la fonction d'objet. Le contre-transfert indique, avec précision, à l'analyste interprète ce qu'il doit interpréter, quand et comment le faire, de même qu'il peut brouiller sa compréhension du matériel par des rationalisations et des points obscurs. La fonction d'objet dépendra également à chaque instant, en bien ou en mal, du contre-transfert. On ne peut prétendre que l'analyste échappe au contre-transfert, car cela reviendrait à dire que l'analyste n'a pas d'inconscient ».

 

Du côté de la compréhension lacanienne, transfert et contre transfert sont divisions théoriques d'un même phénomène dans la rencontre de l'analyste et de l'analysant.

D'autres psychanalystes, qui usent en général de la théorie de la relation d'objet, comprennent le contre transfert en s'appuyant sur des concepts kleiniens tels que celui d'identification projective.

 

 

 

Le 27 février 2011,

Hélène Perron.

Publié dans Psychanalyse

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